
Nous le disions dans notre avant-dernier « post », la question du chômage de masse est essentielle dans la résolution du problème posé par le déficit des retraites. Cette résolution, passe certes par des ressources nouvelles à l’horizon 2020, mais la question de l’allongement de la vie active risque de se poser au-delà. Un allongement par des mesures d’âge (ce qu’a décidé le gouvernement actuel) est porteur de nombreuses injustices, alors qu’un allongement de la durée de cotisation a le mérite d’être égalitaire. Encore faut-il, comme le rappellent les forces à gauche du PS, que la situation de l’emploi soit favorable aux salariés. Car sinon, soit la prolongation de la vie active handicapera l’entrée des jeunes générations sur le marché du travail ; soit des « seniors » sans emploi subiront le chômage avant la retraite… ce qui n’améliore pas vraiment les comptes sociaux !
La vraie priorité, avant de penser aux retraites de demain, c’est donc de s’attaquer au chômage d’aujourd’hui. Le magazine Alternatives Économiques a récemment consacré un dossier à ce sujet, dans lequel Guillaume Duval a listé les « vraies pistes et [les] fausses solutions » qui s’offrent à nous. Il est important de préciser qu’il s’agit ici d’ausculter les marges de manœuvres nationales (concernant le niveau européen, crucial, nous renvoyons pour l’instant au « Manifeste des économistes atterrés »). Petit résumé…
-La croissance : rien de spectaculaire à en attendre. La corrélation entre un haut niveau de croissance et une amélioration de l’emploi est une réalité. A court terme, il convient donc de ne pas faire surenchère de rigueur budgétaire, au risque de tuer la reprise qui s’amorce. L’endettement des ménages n’est en revanche pas une solution : la crise a montré la faillite de ce modèle économique. En fait, le meilleur facteur de croissance serait un surcroît d’innovation, mais qui ne pourra distiller ses effets qu’à long terme. Sans compter qu’un modèle de développement « soutenable » pour la planète et l’espèce humaine passera forcément par une remise en cause de la croissance telle que nous la concevons aujourd’hui.
-Travailler moins : une piste intéressante. Duval rappelle ce que les idées reçues masquent habituellement : en moyenne hebdomadaire, les Français travaillent autant que la moyenne de l’UE à 15 (un peu moins à plein temps mais un peu plus à temps partiel). Or, ils étaient encore les plus productifs au monde en 2009 ! On peut donc penser à réduire le chômage en partageant un peu mieux le travail. Le mieux, c’est de façon égalitaire, comme le défendent les militants de la semaine de quatre jours (ou 32H par semaine). Efficace (voir l’argumentaire solide de Pierre Larrouturou), cette idée est cependant mise de côté par Duval, qui la juge « grillée » à cause des 35H, et des lourds efforts de solidarité qu’elle exigerait des insiders : une stagnation de leurs revenus pour permettre à ceux qui n’en ont pas de travailler. Mais on a le droit de penser qu’une défense intelligente de cette réforme permettra de convaincre une majorité de citoyens… Surtout quand on sait qu’un éventuel « développement durable » passera forcément par une décroissance des biens matériels, et des jobs qui vont avec. A minima, il est évident que l’encouragement des heures supplémentaires en période de crise, comme l’a voulu Sarkozy, est une hérésie dénoncée par tous les économistes, et sur laquelle il faut revenir, d’autant qu’elle coûte chaque année ses 3 ou 4 milliards d’euros !
-Flexibiliser le marché du travail : ça dépend comment. Il n’y a qu’à voir comment les nouveaux entrants sur le marché du travail sont traités, pour se convaincre que la France n’est plus le pays de la « rigidité » absolue déplorée par certains. Surtout, toutes les études comparatives n’ont pas réussi à démontrer un impact significatif de la flexibilité sur le chômage. Et la crise a montré à quel point la flexibilité externe (pas de contraintes à l’embauche et au licenciement) s’est traduite par des chocs violents sur l’emploi, notamment aux États-Unis. Notant qu’ « en Allemagne, où la récession a pourtant été deux fois plus forte qu’aux États-Unis, l’emploi n’a quasiment pas bougé », Duval en conclut à la supériorité de la flexibilité interne à l’entreprise. Autrement dit, on ne vire pas les gens à la sauvage, mais on joue sur le temps de travail en fonction de l’état des commandes. Et quand la situation s’éclaircira, l’entreprise ne sera pas obligée de repasser par un processus d’embauche et de formation.
-Abaisser le coût du travail : une fausse solution. Comme le rappelle Duval, le coût pour l’entreprise est aussi le revenu pour le salarié, qui est aussi un consommateur qui alimente la demande, et donc les débouchés de l’entreprise. Une stratégie de réduction des coûts ne marche en outre que si elle est solitaire, puisqu’il s’agit en somme d’exporter son chômage vers ceux qui ont le malheur d’être réticents à accroître la pauvreté et les inégalités. En outre, un graphique nous apprend que si le travail est cher en France, le coût horaire dans le secteur manufacturier en 2008 était tout à fait comparable à celui de la moyenne européenne. J’ajoute pour ma part que la compétitivité péniblement gagnée via le coût du travail n’est que peu de chose par rapport à celle que l’UE perd avec un euro beaucoup plus fort que le dollar ou le yuan. Le taux de change du yuan est une arme aussi essentielle à la Chine, sinon plus, que son bas coût de main d’œuvre !
-Convertir l’économie à l’écologie : des potentialités… Le changement des modes de vie et de production qu’il nous incombe de réaliser sera-t-il une bonne affaire en matière d’emplois ? Possible, nous dit Duval, grâce aux emplois créés dans les secteurs chargés de proposer / de s’adapter à des économies d’énergie et à des énergies non fossiles. Cela d’autant plus que la France ne détient pas de combustibles fossiles comme le pétrole, ce qui l’oblige à dépenser beaucoup d’argent en importations. Dans le cas d’une conversion écologique, cet argent resterait à la maison ! Le journaliste souligne toutefois le retard actuel de la France en matière de « technologies vertes », qui ne risque pas de s’arranger avec le budget 2011.
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