Bonjour à tous, la migration des papiers présentés ici et des nouveaux qui s'y ajouteront s'est opérée vers l'adresse suivante :
http://regards-dun-citoyen.blogspot.com/
un ordi un citoyen
Ce blog s'intéresse à l'actualité politique et internationale. Il défend le libéralisme authentique, le socialisme républicain et l'écologie politique, comme autant de courants pouvant inspirer un nouveau progressisme adapté aux défis actuels, à rebours des régressions identitaires et de l'idéologie néolibérale.
lundi 30 janvier 2012
jeudi 17 février 2011
Note pour la Fondation Jean Jaurès
Voici un lien vers la note que j'ai écrite en janvier pour la Fondation Jean Jaurès :
http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-notes/La-crise-de-la-social-democratie-sonne-t-elle-son-agonie
Présentation sur leur site :
« Qu’y-a-t-il qui de vivant et qu’y-a-t-il de mort dans la social-démocratie ?», demandait Tony Judt dans un de ses derniers textes. Fabien Escalona y répond : la social-démocratie n’est pas morte en tant que force électorale, mais si elle veut préserver son cœur identitaire, elle devra apporter de nouvelles réponses à la question sociale.
L’annonce de la fin de la social-démocratie est un thème récurrent. Sans prétendre à de vaines prédictions, Fabien Escalona, doctorant au laboratoire Pacte-PO (Grenoble), revisite l’histoire de la social-démocratie et esquisse quelques défis prévisibles qui s’imposeront à elle, entre la difficile appropriation du thème écologique, le choix à faire entre l’acception d’une « rigueur juste » ou une confrontation avec les marchés financiers et le nécessaire renouvellement des formes de solidarité.
http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-notes/La-crise-de-la-social-democratie-sonne-t-elle-son-agonie
Présentation sur leur site :
« Qu’y-a-t-il qui de vivant et qu’y-a-t-il de mort dans la social-démocratie ?», demandait Tony Judt dans un de ses derniers textes. Fabien Escalona y répond : la social-démocratie n’est pas morte en tant que force électorale, mais si elle veut préserver son cœur identitaire, elle devra apporter de nouvelles réponses à la question sociale.
L’annonce de la fin de la social-démocratie est un thème récurrent. Sans prétendre à de vaines prédictions, Fabien Escalona, doctorant au laboratoire Pacte-PO (Grenoble), revisite l’histoire de la social-démocratie et esquisse quelques défis prévisibles qui s’imposeront à elle, entre la difficile appropriation du thème écologique, le choix à faire entre l’acception d’une « rigueur juste » ou une confrontation avec les marchés financiers et le nécessaire renouvellement des formes de solidarité.
dimanche 12 décembre 2010
vendredi 3 décembre 2010
mardi 16 novembre 2010
Revue de presse : à propos de la démocratie, du mouvement sur les retraites, et du revers subi par Obama
Un billet en forme de brassage tous azimuts de différents sujets politiques et économiques, inspiré par la lecture de la presse.
Crise et de la démocratie : Marcel Gauchet dans le Nouvel Obs
Parfois l’abattement gagne. Devant le spectacle du monde tel qu’il va, de ses injustices et de son irrationalité destructrice des hommes et de l’environnement, on est tenté de baisser les bras. Après tout « on n’y peut pas grand-chose »… nos systèmes démocratiques semblent d’ailleurs complètement verrouillés au profit d’une classe politique qui ne poursuit que ses intérêts mesquins, au détriment de l’intérêt général. Lequel n’intéresse d’ailleurs plus grand-monde, tant les gens s’abandonnent facilement aux délices de la société de consommation.
Ce constat a sa part de vérité, mais il est incomplet. Et c’est en allant plus loin que l’on peut retrouver un peu d’espoir… C’est ce que je me suis dit en lisant le remarquable entretien de Marcel Gauchet dans le Nouvel Observateur du 21 octobre 2010. Ce philosophe poursuit une œuvre monumentale sur « l’avènement de la démocratie », dont le troisième volume vient de paraître. Dans son interview, il explique de manière limpide, avec des formules ciselées, comment nos sociétés de plus en plus individualistes ont perdu l’esprit du « bien commun », et par conséquent la capacité à se gouverner elles-mêmes. Notre impuissance et notre lenteur face au défi écologique sont à comprendre de cette façon. Paradoxalement, c’est d’ailleurs le succès des démocraties libérales (paix, prospérité…) qui a contribué à engendrer cette situation. En effet, faire société « n’est pas simple avec des citoyens pour lesquels la démocratie est très populaire principalement parce qu’elle ne leur demande rien et surtout pas de penser à la chose publique ».
Cependant, et c’est là que réside l’espoir, la stabilisation des démocraties libérales est le fruit de lourdes épreuves, qui auraient pu se révéler fatales. Gauchet rappelle ainsi que les régimes totalitaires ont prospéré sur la crise des démocraties représentatives dans l’entre-deux-guerres, en difficulté face à l’entrée des masses populaires dans la sphère politique et à la crise économique des années 30. Or, « face aux défis totalitaires, le travail de refonte de l’organisation de nos sociétés et de nos institutions a été, après 1945, prodigieux », au point que les régimes démocratiques se sont réinventés grâce à la protection sociale, à la régulation de l’économie, et à la réforme du système parlementaire (rôle accru de l’exécutif). Rétrospectivement, cela ne nous étonne qu’à moitié. Mais nombre d’esprits dits « réalistes » de l’époque ont cru en conscience, et avec des arguments forts tirés de l’actualité, que la démocratie était sans avenir. De quoi prendre un peu de recul face à tous ceux qui nous expliquent aujourd’hui, d’un ton pessimiste et/ou assuré, quel est le sens de l’Histoire auquel nous ne pourrions pas échapper.
Ce que confirme Gauchet à la fin de son entretien, c’est aussi que la démocratie doit être nécessairement sociale. L’oublier, ce serait prendre le risque de saborder les acquis civilisationnels qu’on lui doit. Intéressant à méditer pour la suite de ce billet…
La réforme des retraites et le commentateur pro-Français du Guardian
J’ai déjà dit tout le mal que je pensais de la réforme des retraites imposée par le gouvernement. 1) Techniquement, ce n’est ni fait ni à faire : le financement n’est assuré que pour quelques années, on ne comprend toujours rien au maquis des régimes de retraite, et la réforme est uniquement comptable, ne tenant pas compte ni du niveau du chômage ni des conditions de travail des « seniors ». 2) Socialement, elle est injuste. Ainsi, un ouvrier ou un employé ayant commencé à travailler à 19 ans devra travailler 2 ans de plus que la durée normale de cotisation, et vivra moins longtemps que le cadre qui aura été mieux payé durant sa carrière et aura cotisé la durée normale. A force de ne pas vouloir augmenter les prélèvements de façon égalitaire, on a fini par opter pour un impôt sur la mort inégalitaire. 3) Démocratiquement, elle demeure un scandale, tant elle a fait l’unanimité contre elle, sans que le Prince accepte de se remettre en question ou d’entamer un véritable dialogue.
Oui mais voilà, les Français seraient ringards, ne comprendraient rien aux exigences de l’économie mondialisée. Heureusement, Courrier International a publié la prose réjouissante d’un économiste américain, Mark Weisbrot, publiée par le Guardian (centre-gauche). En comparant la forte augmentation de la richesse par habitant depuis trente ans en France, et l’augmentation modérée de l’espérance de vie, Weisbrot soutient que les actifs ont raison de refuser la réforme : si la répartition des gains de productivité était davantage en leur faveur, aucune fatalité économique ne les obligerait à travailler plus longtemps. Le raisonnement mérite d’être nuancé, mais il pose le vrai problème : la répartition des richesses. Surtout, Weisbrot souligne à quel point les Français sont à la pointe avancé d’un combat essentiel : la préservation d’un modèle social européen, face aux régressions exigées par la nouvelle aristocratie financière (populisme ? raté, l’expression est de Jospin, alors on a le droit).
La défaite d’Obama
Les Français ayant élu Sarkozy, et les Américains Obama, je me suis juré de ne pas me lamenter sur le jugement politique de ces derniers jusqu’en 2012. N’empêche, la défaite des démocrates, ben c’est pas juste. Chacun sait que sans le recours à la relance, la situation de l’économie et de l’emploi serait bien pire qu’aujourd’hui. Surtout, compte tenu du système institutionnel auquel a dû se frotter Obama, les critiques de gauche sur ses réformes sont particulièrement sévères. Si la majorité absolue suffisait pour qu’une loi soit votée par les 2 Assemblées, et si la vie politique américaine n’était pas à ce point gangrenée par l’argent des lobbies et des puissants, les réformes d’Obama auraient été encore plus progressistes et plus significatives.
Il n’en reste pas moins qu’il a sans doute commis des erreurs de stratégie. La principale étant d’avoir passé beaucoup de temps sur la santé, ce qui était nécessaire mais électoralement peu rentable, au lieu de mettre le paquet sur l’emploi. A ce titre, je recommande la prose étonnante de Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times (journal économique ultralibéral). Dans une chronique pour Le Monde économie (3 novembre 2010), Wolf écrit qu’au fond Obama a été trop timide dans la relance : « équivalant à moins de 6 % du PIB, la relance budgétaire n'entre que pour moins d'un cinquième dans les déficits cumulés en 2009, 2010 et 2011. La vérité n'est donc pas que cette politique était téméraire et qu'elle a échoué, mais que, trop timide, elle ne pouvait réussir ».
Toujours est-il que la victoire des Républicains a sanctionné ce manque de réussite. Pas en raison d’une adhésion, donc, mais d’une désaffection vis-à-vis du camp du Président, comme en témoignent l’abstention ou le revirement des jeunes et des couches populaires qui avaient contribué à la victoire du candidat Obama. Malheureusement, cela risque d’avoir des effets politiques qui n’amélioreront pas la situation ! Les Républicains portent un programme de rigueur suicidaire, tout en refusant de revenir sur les baisses d’impôts soi-disant temporaires, accordées par Bush aux plus riches. Résultat : les deux années qui viennent de « cohabitation » entre Obama et les Républicains risquent d’être deux années perdues, à la fois pour les États-Unis et pour le monde en général. Plus profondément encore, les insuffisances d’Obama et la propagande des lobbies auxquels plus aucune limite n’est imposée, ont contribué à délégitimer l’intervention de la puissance publique, et donc à offrir un peu de sursis à une idéologie néolibérale et individualiste particulièrement désastreuse.
Crise et de la démocratie : Marcel Gauchet dans le Nouvel ObsParfois l’abattement gagne. Devant le spectacle du monde tel qu’il va, de ses injustices et de son irrationalité destructrice des hommes et de l’environnement, on est tenté de baisser les bras. Après tout « on n’y peut pas grand-chose »… nos systèmes démocratiques semblent d’ailleurs complètement verrouillés au profit d’une classe politique qui ne poursuit que ses intérêts mesquins, au détriment de l’intérêt général. Lequel n’intéresse d’ailleurs plus grand-monde, tant les gens s’abandonnent facilement aux délices de la société de consommation.
Ce constat a sa part de vérité, mais il est incomplet. Et c’est en allant plus loin que l’on peut retrouver un peu d’espoir… C’est ce que je me suis dit en lisant le remarquable entretien de Marcel Gauchet dans le Nouvel Observateur du 21 octobre 2010. Ce philosophe poursuit une œuvre monumentale sur « l’avènement de la démocratie », dont le troisième volume vient de paraître. Dans son interview, il explique de manière limpide, avec des formules ciselées, comment nos sociétés de plus en plus individualistes ont perdu l’esprit du « bien commun », et par conséquent la capacité à se gouverner elles-mêmes. Notre impuissance et notre lenteur face au défi écologique sont à comprendre de cette façon. Paradoxalement, c’est d’ailleurs le succès des démocraties libérales (paix, prospérité…) qui a contribué à engendrer cette situation. En effet, faire société « n’est pas simple avec des citoyens pour lesquels la démocratie est très populaire principalement parce qu’elle ne leur demande rien et surtout pas de penser à la chose publique ».
Cependant, et c’est là que réside l’espoir, la stabilisation des démocraties libérales est le fruit de lourdes épreuves, qui auraient pu se révéler fatales. Gauchet rappelle ainsi que les régimes totalitaires ont prospéré sur la crise des démocraties représentatives dans l’entre-deux-guerres, en difficulté face à l’entrée des masses populaires dans la sphère politique et à la crise économique des années 30. Or, « face aux défis totalitaires, le travail de refonte de l’organisation de nos sociétés et de nos institutions a été, après 1945, prodigieux », au point que les régimes démocratiques se sont réinventés grâce à la protection sociale, à la régulation de l’économie, et à la réforme du système parlementaire (rôle accru de l’exécutif). Rétrospectivement, cela ne nous étonne qu’à moitié. Mais nombre d’esprits dits « réalistes » de l’époque ont cru en conscience, et avec des arguments forts tirés de l’actualité, que la démocratie était sans avenir. De quoi prendre un peu de recul face à tous ceux qui nous expliquent aujourd’hui, d’un ton pessimiste et/ou assuré, quel est le sens de l’Histoire auquel nous ne pourrions pas échapper.
Ce que confirme Gauchet à la fin de son entretien, c’est aussi que la démocratie doit être nécessairement sociale. L’oublier, ce serait prendre le risque de saborder les acquis civilisationnels qu’on lui doit. Intéressant à méditer pour la suite de ce billet…
La réforme des retraites et le commentateur pro-Français du Guardian J’ai déjà dit tout le mal que je pensais de la réforme des retraites imposée par le gouvernement. 1) Techniquement, ce n’est ni fait ni à faire : le financement n’est assuré que pour quelques années, on ne comprend toujours rien au maquis des régimes de retraite, et la réforme est uniquement comptable, ne tenant pas compte ni du niveau du chômage ni des conditions de travail des « seniors ». 2) Socialement, elle est injuste. Ainsi, un ouvrier ou un employé ayant commencé à travailler à 19 ans devra travailler 2 ans de plus que la durée normale de cotisation, et vivra moins longtemps que le cadre qui aura été mieux payé durant sa carrière et aura cotisé la durée normale. A force de ne pas vouloir augmenter les prélèvements de façon égalitaire, on a fini par opter pour un impôt sur la mort inégalitaire. 3) Démocratiquement, elle demeure un scandale, tant elle a fait l’unanimité contre elle, sans que le Prince accepte de se remettre en question ou d’entamer un véritable dialogue.
Oui mais voilà, les Français seraient ringards, ne comprendraient rien aux exigences de l’économie mondialisée. Heureusement, Courrier International a publié la prose réjouissante d’un économiste américain, Mark Weisbrot, publiée par le Guardian (centre-gauche). En comparant la forte augmentation de la richesse par habitant depuis trente ans en France, et l’augmentation modérée de l’espérance de vie, Weisbrot soutient que les actifs ont raison de refuser la réforme : si la répartition des gains de productivité était davantage en leur faveur, aucune fatalité économique ne les obligerait à travailler plus longtemps. Le raisonnement mérite d’être nuancé, mais il pose le vrai problème : la répartition des richesses. Surtout, Weisbrot souligne à quel point les Français sont à la pointe avancé d’un combat essentiel : la préservation d’un modèle social européen, face aux régressions exigées par la nouvelle aristocratie financière (populisme ? raté, l’expression est de Jospin, alors on a le droit).
La défaite d’ObamaLes Français ayant élu Sarkozy, et les Américains Obama, je me suis juré de ne pas me lamenter sur le jugement politique de ces derniers jusqu’en 2012. N’empêche, la défaite des démocrates, ben c’est pas juste. Chacun sait que sans le recours à la relance, la situation de l’économie et de l’emploi serait bien pire qu’aujourd’hui. Surtout, compte tenu du système institutionnel auquel a dû se frotter Obama, les critiques de gauche sur ses réformes sont particulièrement sévères. Si la majorité absolue suffisait pour qu’une loi soit votée par les 2 Assemblées, et si la vie politique américaine n’était pas à ce point gangrenée par l’argent des lobbies et des puissants, les réformes d’Obama auraient été encore plus progressistes et plus significatives.
Il n’en reste pas moins qu’il a sans doute commis des erreurs de stratégie. La principale étant d’avoir passé beaucoup de temps sur la santé, ce qui était nécessaire mais électoralement peu rentable, au lieu de mettre le paquet sur l’emploi. A ce titre, je recommande la prose étonnante de Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times (journal économique ultralibéral). Dans une chronique pour Le Monde économie (3 novembre 2010), Wolf écrit qu’au fond Obama a été trop timide dans la relance : « équivalant à moins de 6 % du PIB, la relance budgétaire n'entre que pour moins d'un cinquième dans les déficits cumulés en 2009, 2010 et 2011. La vérité n'est donc pas que cette politique était téméraire et qu'elle a échoué, mais que, trop timide, elle ne pouvait réussir ».
Toujours est-il que la victoire des Républicains a sanctionné ce manque de réussite. Pas en raison d’une adhésion, donc, mais d’une désaffection vis-à-vis du camp du Président, comme en témoignent l’abstention ou le revirement des jeunes et des couches populaires qui avaient contribué à la victoire du candidat Obama. Malheureusement, cela risque d’avoir des effets politiques qui n’amélioreront pas la situation ! Les Républicains portent un programme de rigueur suicidaire, tout en refusant de revenir sur les baisses d’impôts soi-disant temporaires, accordées par Bush aux plus riches. Résultat : les deux années qui viennent de « cohabitation » entre Obama et les Républicains risquent d’être deux années perdues, à la fois pour les États-Unis et pour le monde en général. Plus profondément encore, les insuffisances d’Obama et la propagande des lobbies auxquels plus aucune limite n’est imposée, ont contribué à délégitimer l’intervention de la puissance publique, et donc à offrir un peu de sursis à une idéologie néolibérale et individualiste particulièrement désastreuse.
jeudi 14 octobre 2010
Comment lutter contre le chômage

Nous le disions dans notre avant-dernier « post », la question du chômage de masse est essentielle dans la résolution du problème posé par le déficit des retraites. Cette résolution, passe certes par des ressources nouvelles à l’horizon 2020, mais la question de l’allongement de la vie active risque de se poser au-delà. Un allongement par des mesures d’âge (ce qu’a décidé le gouvernement actuel) est porteur de nombreuses injustices, alors qu’un allongement de la durée de cotisation a le mérite d’être égalitaire. Encore faut-il, comme le rappellent les forces à gauche du PS, que la situation de l’emploi soit favorable aux salariés. Car sinon, soit la prolongation de la vie active handicapera l’entrée des jeunes générations sur le marché du travail ; soit des « seniors » sans emploi subiront le chômage avant la retraite… ce qui n’améliore pas vraiment les comptes sociaux !
La vraie priorité, avant de penser aux retraites de demain, c’est donc de s’attaquer au chômage d’aujourd’hui. Le magazine Alternatives Économiques a récemment consacré un dossier à ce sujet, dans lequel Guillaume Duval a listé les « vraies pistes et [les] fausses solutions » qui s’offrent à nous. Il est important de préciser qu’il s’agit ici d’ausculter les marges de manœuvres nationales (concernant le niveau européen, crucial, nous renvoyons pour l’instant au « Manifeste des économistes atterrés »). Petit résumé…
-La croissance : rien de spectaculaire à en attendre. La corrélation entre un haut niveau de croissance et une amélioration de l’emploi est une réalité. A court terme, il convient donc de ne pas faire surenchère de rigueur budgétaire, au risque de tuer la reprise qui s’amorce. L’endettement des ménages n’est en revanche pas une solution : la crise a montré la faillite de ce modèle économique. En fait, le meilleur facteur de croissance serait un surcroît d’innovation, mais qui ne pourra distiller ses effets qu’à long terme. Sans compter qu’un modèle de développement « soutenable » pour la planète et l’espèce humaine passera forcément par une remise en cause de la croissance telle que nous la concevons aujourd’hui.
-Travailler moins : une piste intéressante. Duval rappelle ce que les idées reçues masquent habituellement : en moyenne hebdomadaire, les Français travaillent autant que la moyenne de l’UE à 15 (un peu moins à plein temps mais un peu plus à temps partiel). Or, ils étaient encore les plus productifs au monde en 2009 ! On peut donc penser à réduire le chômage en partageant un peu mieux le travail. Le mieux, c’est de façon égalitaire, comme le défendent les militants de la semaine de quatre jours (ou 32H par semaine). Efficace (voir l’argumentaire solide de Pierre Larrouturou), cette idée est cependant mise de côté par Duval, qui la juge « grillée » à cause des 35H, et des lourds efforts de solidarité qu’elle exigerait des insiders : une stagnation de leurs revenus pour permettre à ceux qui n’en ont pas de travailler. Mais on a le droit de penser qu’une défense intelligente de cette réforme permettra de convaincre une majorité de citoyens… Surtout quand on sait qu’un éventuel « développement durable » passera forcément par une décroissance des biens matériels, et des jobs qui vont avec. A minima, il est évident que l’encouragement des heures supplémentaires en période de crise, comme l’a voulu Sarkozy, est une hérésie dénoncée par tous les économistes, et sur laquelle il faut revenir, d’autant qu’elle coûte chaque année ses 3 ou 4 milliards d’euros !
-Flexibiliser le marché du travail : ça dépend comment. Il n’y a qu’à voir comment les nouveaux entrants sur le marché du travail sont traités, pour se convaincre que la France n’est plus le pays de la « rigidité » absolue déplorée par certains. Surtout, toutes les études comparatives n’ont pas réussi à démontrer un impact significatif de la flexibilité sur le chômage. Et la crise a montré à quel point la flexibilité externe (pas de contraintes à l’embauche et au licenciement) s’est traduite par des chocs violents sur l’emploi, notamment aux États-Unis. Notant qu’ « en Allemagne, où la récession a pourtant été deux fois plus forte qu’aux États-Unis, l’emploi n’a quasiment pas bougé », Duval en conclut à la supériorité de la flexibilité interne à l’entreprise. Autrement dit, on ne vire pas les gens à la sauvage, mais on joue sur le temps de travail en fonction de l’état des commandes. Et quand la situation s’éclaircira, l’entreprise ne sera pas obligée de repasser par un processus d’embauche et de formation.
-Abaisser le coût du travail : une fausse solution. Comme le rappelle Duval, le coût pour l’entreprise est aussi le revenu pour le salarié, qui est aussi un consommateur qui alimente la demande, et donc les débouchés de l’entreprise. Une stratégie de réduction des coûts ne marche en outre que si elle est solitaire, puisqu’il s’agit en somme d’exporter son chômage vers ceux qui ont le malheur d’être réticents à accroître la pauvreté et les inégalités. En outre, un graphique nous apprend que si le travail est cher en France, le coût horaire dans le secteur manufacturier en 2008 était tout à fait comparable à celui de la moyenne européenne. J’ajoute pour ma part que la compétitivité péniblement gagnée via le coût du travail n’est que peu de chose par rapport à celle que l’UE perd avec un euro beaucoup plus fort que le dollar ou le yuan. Le taux de change du yuan est une arme aussi essentielle à la Chine, sinon plus, que son bas coût de main d’œuvre !
-Convertir l’économie à l’écologie : des potentialités… Le changement des modes de vie et de production qu’il nous incombe de réaliser sera-t-il une bonne affaire en matière d’emplois ? Possible, nous dit Duval, grâce aux emplois créés dans les secteurs chargés de proposer / de s’adapter à des économies d’énergie et à des énergies non fossiles. Cela d’autant plus que la France ne détient pas de combustibles fossiles comme le pétrole, ce qui l’oblige à dépenser beaucoup d’argent en importations. Dans le cas d’une conversion écologique, cet argent resterait à la maison ! Le journaliste souligne toutefois le retard actuel de la France en matière de « technologies vertes », qui ne risque pas de s’arranger avec le budget 2011.
dimanche 3 octobre 2010
Ce que nous dit la défaite des sociaux-démocrates suédois
« La nouvelle gauche devrait s'inspirer des expériences de la social-démocratie des pays du Nord de l'Europe ». Voilà ce que préconisait le linguiste Raffaele Simone, après avoir dressé un tableau apocalyptique de la gauche en Europe (Le Monde Magazine, 12 septembre). Au vu du résultat des élections législatives en Suède, on nous permettra d'être plus circonspects. En effet, la défaite des sociaux-démocrates suédois (SAP) est non seulement très lourde, mais atteste en outre de la fin de l'exception suédoise en tant que modèle à suivre pour les progressistes.
L'échec du SAP, de fait, est d'une gravité sans précédent. Avec seulement 31% des suffrages, ce parti obtient son pire score depuis 1914. Ce dernier s'inscrit d'ailleurs dans une tendance à la baisse continue de ses performances électorales depuis les années 1980. Réunissant encore 44,5% des suffrages dans la décennie 1980, le SAP n'atteignait plus qu'une moyenne de 39,8% dans la décennie 1990, et 37,4% dans la décennie 2000. Le résultat de 2010 marque un nouveau décrochage, qui contribue à banaliser définitivement un parti qui a dominé la vie politique suédoise pendant soixante-dix ans. Si cet échec est grave par son ampleur, il l'est aussi par le moment où il se produit. D'une part, la coalition de droite était sortante et responsable d'un bilan mitigé, notamment sur le front de l'emploi. D'autre part, cela fait plus de deux ans que l'Europe est frappée par une crise économique et financière sans précédent depuis les années 1930. Or, dans les deux cas, les sociaux-démocrates ont été incapables de capitaliser sur les déboires des forces néolibérales.
Deux leçons peuvent être tirées de ce scrutin, qui concernent l'ensemble des progressistes européens. La première, c'est qu'il faut en finir avec les illusions procurées par les « modèles » sociaux dont on s'entiche à chaque période critique. En l'occurrence, même si le modèle suédois s'est révélé source d'inspiration, il faut rappeler que son édification dans les années 1930 est le fruit de conditions particulières, dont notamment une coalition politique entre le parti social-démocrate et le parti agrarien, une alliance sociale entre ouvriers et petits fermiers ou exploitants agricoles, et une bataille culturelle entre sociaux-démocrates et conservateurs sur la conception du peuple et de la communauté nationale. Mais surtout, ce modèle a connu des évolutions importantes, notamment une série de réformes d'inspiration néolibérale dans les années 1990, auxquelles les sociaux-démocrates ont largement pris leur part, et qui ont contribué à la croissance des inégalités. Pronostiquant la fin de la social-démocratie en tant que force progressiste, le politologue australien Ashley Lavelle relève d'ailleurs que les performances sociale-démocrates les plus médiocres sont intervenues à partir du tournant néolibéral assumé par le SAP. Si l'on ajoute que le déclin social-démocrate n'est pas sans lien avec les progrès de l'extrême-droite, on ne peut que constater, et c'est la seconde leçon de ce scrutin, que la crise du SAP reflète en grande partie la crise de la social-démocratie en Europe de l'Ouest. Une crise rampante depuis la fin des années 1970, faussement résolue à la fin des années 1990, qui se caractérise par l'incapacité d'édifier un projet crédible qui soit une rupture avec le néolibéralisme, tout en restant dans le cadre du système capitaliste que les sociaux-démocrates ont accepté depuis longtemps.
Si celle du SAP revêt cependant une signification particulière, c'est notamment parce que lors de la grande crise des années 1930, il fut l'un des rares partis socialistes à ne pas sombrer dans l'impuissance politique et économique. Bien au contraire, le dialogue social institué et la politique économique promue par l'École de Stockholm constituèrent la matrice de ce que l'on identifiera comme le compromis social-démocrate/keynésien d'après-guerre. Mais alors que le SAP avait acquis une majorité trois ans après le séisme de 1929, il est actuellement renvoyé dans l'opposition pour quatre années, trois ans après l'éclatement de la crise financière de 2007-2008. Dans le même temps, aucun « relais » social-démocrate ne semble en mesure d'incarner une alternative significative en Europe. En effet, quand ils ne sont pas dans l'opposition, les socialistes sont ceux qui mettent en œuvre les plans de rigueur les plus radicaux, comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal. Comme dans les années 1930, ils semblent voués à subir le cours de l'histoire et à se conformer à l'orthodoxie économique du moment. Car si la doctrine néolibérale a été délégitimée par la crise, c'est encore elle qui domine les choix de politique économique en Europe. A cet égard, même si la régulation accrue de la finance n'est pas à négliger, il est erroné de penser que les conservateurs européens se soient approprié des idées sociale-démocrates. Quand les États interviennent pour sauver le système financier et mettent en œuvre des plans d'austérité qui toucheront principalement les classes populaires et les classes moyennes, il s'agit typiquement d'une réponse néolibérale à la crise. Or, associée aux dérives du capitalisme financier qu'elle n'a pas su prévenir, en deuil d'un projet social-démocrate/keynésien dont les conditions historiques ont disparu, la social-démocratie européenne est en incapacité de proposer une alternative. D'autant qu'à sa décharge, elle doit intégrer à son logiciel trois défis majeurs : l'affaiblissement et la fragmentation des organisations défendant les intérêts du monde salarié ; la raréfaction des ressources naturelles et les conséquences du réchauffement climatique ; et enfin le basculement du centre de gravité de l'économie mondiale vers les pays émergents d'Asie.
Certes, l'échelle européenne constituerait un niveau d'action favorable à des politiques s'écartant du paradigme néolibéral, à condition de revenir sur la libre circulation des capitaux avec l'extérieur, sur le primat de la concurrence ou encore sur l'absence de fiscalité au niveau communautaire. Cependant, tout comme les sociaux-démocrates suédois ont renoncé à une critique de l'Union européenne, les sociaux-démocrates européens ne semblent pas prêts (pour autant qu'ils en aient les moyens), à rentrer en conflit avec la logique actuelle de l'intégration européenne. Ce qui s'explique, mais c'est une autre histoire, par le caractère intrinsèquement « national » des partis sociaux-démocrates, très loin de l'internationalisme dont ils se faisaient les hérauts au début du siècle dernier.
La défaite des sociaux-démocrates suédois et leur « banalisation » au sein de la social-démocratie européenne, incarnent donc la tendance au déclin électoral de cette dernière, mais surtout son impuissance actuelle à incarner un projet progressiste qui, sans être anticapitaliste, rompe avec le paradigme néolibéral.
L'échec du SAP, de fait, est d'une gravité sans précédent. Avec seulement 31% des suffrages, ce parti obtient son pire score depuis 1914. Ce dernier s'inscrit d'ailleurs dans une tendance à la baisse continue de ses performances électorales depuis les années 1980. Réunissant encore 44,5% des suffrages dans la décennie 1980, le SAP n'atteignait plus qu'une moyenne de 39,8% dans la décennie 1990, et 37,4% dans la décennie 2000. Le résultat de 2010 marque un nouveau décrochage, qui contribue à banaliser définitivement un parti qui a dominé la vie politique suédoise pendant soixante-dix ans. Si cet échec est grave par son ampleur, il l'est aussi par le moment où il se produit. D'une part, la coalition de droite était sortante et responsable d'un bilan mitigé, notamment sur le front de l'emploi. D'autre part, cela fait plus de deux ans que l'Europe est frappée par une crise économique et financière sans précédent depuis les années 1930. Or, dans les deux cas, les sociaux-démocrates ont été incapables de capitaliser sur les déboires des forces néolibérales.
Deux leçons peuvent être tirées de ce scrutin, qui concernent l'ensemble des progressistes européens. La première, c'est qu'il faut en finir avec les illusions procurées par les « modèles » sociaux dont on s'entiche à chaque période critique. En l'occurrence, même si le modèle suédois s'est révélé source d'inspiration, il faut rappeler que son édification dans les années 1930 est le fruit de conditions particulières, dont notamment une coalition politique entre le parti social-démocrate et le parti agrarien, une alliance sociale entre ouvriers et petits fermiers ou exploitants agricoles, et une bataille culturelle entre sociaux-démocrates et conservateurs sur la conception du peuple et de la communauté nationale. Mais surtout, ce modèle a connu des évolutions importantes, notamment une série de réformes d'inspiration néolibérale dans les années 1990, auxquelles les sociaux-démocrates ont largement pris leur part, et qui ont contribué à la croissance des inégalités. Pronostiquant la fin de la social-démocratie en tant que force progressiste, le politologue australien Ashley Lavelle relève d'ailleurs que les performances sociale-démocrates les plus médiocres sont intervenues à partir du tournant néolibéral assumé par le SAP. Si l'on ajoute que le déclin social-démocrate n'est pas sans lien avec les progrès de l'extrême-droite, on ne peut que constater, et c'est la seconde leçon de ce scrutin, que la crise du SAP reflète en grande partie la crise de la social-démocratie en Europe de l'Ouest. Une crise rampante depuis la fin des années 1970, faussement résolue à la fin des années 1990, qui se caractérise par l'incapacité d'édifier un projet crédible qui soit une rupture avec le néolibéralisme, tout en restant dans le cadre du système capitaliste que les sociaux-démocrates ont accepté depuis longtemps.
Si celle du SAP revêt cependant une signification particulière, c'est notamment parce que lors de la grande crise des années 1930, il fut l'un des rares partis socialistes à ne pas sombrer dans l'impuissance politique et économique. Bien au contraire, le dialogue social institué et la politique économique promue par l'École de Stockholm constituèrent la matrice de ce que l'on identifiera comme le compromis social-démocrate/keynésien d'après-guerre. Mais alors que le SAP avait acquis une majorité trois ans après le séisme de 1929, il est actuellement renvoyé dans l'opposition pour quatre années, trois ans après l'éclatement de la crise financière de 2007-2008. Dans le même temps, aucun « relais » social-démocrate ne semble en mesure d'incarner une alternative significative en Europe. En effet, quand ils ne sont pas dans l'opposition, les socialistes sont ceux qui mettent en œuvre les plans de rigueur les plus radicaux, comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal. Comme dans les années 1930, ils semblent voués à subir le cours de l'histoire et à se conformer à l'orthodoxie économique du moment. Car si la doctrine néolibérale a été délégitimée par la crise, c'est encore elle qui domine les choix de politique économique en Europe. A cet égard, même si la régulation accrue de la finance n'est pas à négliger, il est erroné de penser que les conservateurs européens se soient approprié des idées sociale-démocrates. Quand les États interviennent pour sauver le système financier et mettent en œuvre des plans d'austérité qui toucheront principalement les classes populaires et les classes moyennes, il s'agit typiquement d'une réponse néolibérale à la crise. Or, associée aux dérives du capitalisme financier qu'elle n'a pas su prévenir, en deuil d'un projet social-démocrate/keynésien dont les conditions historiques ont disparu, la social-démocratie européenne est en incapacité de proposer une alternative. D'autant qu'à sa décharge, elle doit intégrer à son logiciel trois défis majeurs : l'affaiblissement et la fragmentation des organisations défendant les intérêts du monde salarié ; la raréfaction des ressources naturelles et les conséquences du réchauffement climatique ; et enfin le basculement du centre de gravité de l'économie mondiale vers les pays émergents d'Asie.
Certes, l'échelle européenne constituerait un niveau d'action favorable à des politiques s'écartant du paradigme néolibéral, à condition de revenir sur la libre circulation des capitaux avec l'extérieur, sur le primat de la concurrence ou encore sur l'absence de fiscalité au niveau communautaire. Cependant, tout comme les sociaux-démocrates suédois ont renoncé à une critique de l'Union européenne, les sociaux-démocrates européens ne semblent pas prêts (pour autant qu'ils en aient les moyens), à rentrer en conflit avec la logique actuelle de l'intégration européenne. Ce qui s'explique, mais c'est une autre histoire, par le caractère intrinsèquement « national » des partis sociaux-démocrates, très loin de l'internationalisme dont ils se faisaient les hérauts au début du siècle dernier.
La défaite des sociaux-démocrates suédois et leur « banalisation » au sein de la social-démocratie européenne, incarnent donc la tendance au déclin électoral de cette dernière, mais surtout son impuissance actuelle à incarner un projet progressiste qui, sans être anticapitaliste, rompe avec le paradigme néolibéral.
samedi 2 octobre 2010
Du discours de Grenoble à la réforme des retraites : la déliquescence du sarkozysme (2/2)
La réforme des retraites…
Cette réforme, contre laquelle se succèdent les journées de mobilisation, est emblématique du régime sarkozyste : 1) pour le mépris démocratique qu’elle trahit. Alors qu’un tel projet ne figurait pas dans le programme du candidat Sarkozy, la réforme s’est élaborée et a été présentée au Parlement sans aucun débat ouvert ni négociation sérieuse avec les syndicats. 2) par la rhétorique qui l’accompagne : « on ne peut pas faire autrement, « il n’y pas le choix », autrement dit « laissez faire les experts, qui ne pensent pas à sortir du cadre néolibéral, comme ces irresponsables de syndicats ». 3) parce que c’est une réforme de classe. Attardons-nous sur ce dernier point.
Si la réforme passe en l’état, la France sera dotée du régime de retraites le plus dur d’Europe de l’Ouest. Cela alors même que notre pays est l’un des mieux placés du point de vue de la dynamique démographique ! En fait, les déficits annoncés des régimes de retraite ont deux causes majeures. L’une, à court et moyen terme, est l’impact de la crise économique sur tous les comptes sociaux. La seconde, à plus long terme, est un problème démographique, qui tient dans la dégradation du rapport actifs/retraités. Or, le gouvernement martèle que la réforme est inévitable pour des raisons de démographie, comme si on découvrait ces dernières par la grâce de Saint Fillon et Saint Woerth. Cette insistance a pour seul but de légitimer les mesures phares du projet gouvernemental, qui sont des mesures d’âge. Ici, l’injustice est double : d’une part l’essentiel des mesures portent sur les salariés, qui paient pour une crise dont ils sont les victimes ; d’autre part, au sein des salariés, la réforme pèsera le plus lourdement sur ceux qui auront eu les carrières les plus usantes, les plus mal payées, les plus précaires. En effet, le report de l’âge légal de 60 à 62 ans nuira à ceux ayant commencé à travailleur jeunes, sans avoir eu la chance de faire des études : le plus souvent des ouvriers, qui subiront donc une double peine, puisqu’ils arrivent déjà à l’âge de la retraite avec une espérance de vie moindre que celle des autres salariés (sans parler de l’espérance de vie en bonne santé). Quant au report de l’âge auquel on peut liquider sa retraite sans décote, de 65 à 67 ans, il pénalisera lourdement les femmes en particulier et les précaires en général.
Or, on peut faire autrement… mais pas n’importe comment. Je pense ici à une rhétorique qui fleurit à gauche de la gauche, et dans les syndicats les plus radicaux, et qui consiste à revendiquer la retraite à 60 ans à taux plein pour tous. Ce genre de slogans me paraît contre-productif, dans la mesure où il fait passer les opposants à la réforme pour des utopistes. Mais surtout, je pense que cette revendication est irréaliste. Ses promoteurs répondront qu’elle est possible, à condition de s’attaquer au partage des richesses produites par tous, c’est-à-dire en taxant les revenus du capital et du patrimoine. Là où ils ont raison, c’est que cette taxation est légitime : ces revenus n’ont cessé de progresser depuis 30 ans, parfois de façon spectaculaire, quand le revenu salarial moyen a eu tendance à stagner. Cependant, il faudrait griller toutes nos « cartouches » de taxations nouvelles pour la seule question des retraites. Or, il y aura aussi à financer des investissements majeurs dans l’économie durable, ou encore l’augmentation considérable des dépenses de santé, plus alarmante encore que celle des retraites. Et on ne pourra pas taxer deux fois les mêmes personnes…
Il faut donc des mesures pour chaque cause de déficit. S’agissant de la crise, il est légitime de faire financer les retraites par d’autres acteurs que les salariés « lambda ». Ce qui signifie une taxation accrue des rémunérations complémentaires (stock-options, bonus, intéressement et participation), des revenus du patrimoine et des dividendes versés aux actionnaires, lesquels ont explosé au détriment de l’investissement (surtout) et des revenus du travail (un peu). Et par pitié, que la droite ne crie pas à la hausse des impôts. Une fois n’est pas coutume, rendons grâce à l’inénarrable Ségolène Royal, qui à une apostrophe d’Arlette Chabot (« Faire payer les riches, c’est un miracle ? ») aura eu cette répartie magique : « Et faire payer les pauvres, c’est un miracle ? ». S’agissant de la démographie, une hausse très faible mais régulière des cotisations salariales et patronales est essentielle : c’est une mesure égalitaire (tous les salariés sont concernés) et juste (car proportionnelle au salaire) qui comblerait un bon quart du financement en 2025 (12 milliards sur 40). Une piste complémentaire est aussi envisageable pour consolider le financement, proposée par le think-thank « Terra Nova » : aligner le niveau de CSG des retraités aisés sur celui des actifs, ainsi que les conditions de calcul de leur impôt sur le revenu. Ce qui pourrait rapporter jusqu’à 5 milliards d’euros par an.
Terminons sur le sujet en insistant sur le fait que le vrai problème reste le chômage de masse. C’est la lutte contre ce dernier qui doit être la priorité, plus que le financement des retraites, lequel dépend justement du niveau de l’emploi ! Même si on repousse l’âge légal à 70 ans, si la situation du marché du travail ne s’améliore pas, on ne fera que transformer des retraités en demandeurs d’emploi, et des déficits « retraite » en déficits « chômage » !
… et autres calamités.
Ces calamités mériteraient un billet chacune, mais citons-les rapidement :
-le budget 2011, un budget d’austérité qui garde intacts la plupart des cadeaux faits aux clientèles de la droite et aux plus riches, mais fait reposer l’essentiel de sa sévérité sur les classes moyennes et populaires (logement, emploi, santé). Là encore, la rhétorique « y’a pas le choix » ne suffit pas à tout justifier. Un exemple : alors que 500 millions d’euros ont été économisés grâce à des suppressions de postes dans la fonction publique (ce qui dégrade les conditions de travail et le service rendu dans les hôpitaux et les écoles), 800 millions vont être accordés à l’entreprise de Serge Dassault (sénateur de l’UMP, et candidat au titre de l’homme le plus bête de France), pour payer ses avions militaires Rafale que personne ne veut à l’étranger.
-la politique éducative. Un désastre sans nom, que même des hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation ont constaté. Pour économiser des clopinettes, le gouvernement a envoyé au feu des enseignants titularisés mais non formés à la pédagogie, et comme souvent « bizutés » dans les académies les plus dures de France. Par ailleurs, sans tenir compte d’un mini-boom démographique à venir, des postes du public continuent à être sabrés d’une main, quand de l’autre main le gouvernement favorise l’enseignement privé et confessionnel, par des niches fiscales qui pèsent sur le budget de l’État.
Cette réforme, contre laquelle se succèdent les journées de mobilisation, est emblématique du régime sarkozyste : 1) pour le mépris démocratique qu’elle trahit. Alors qu’un tel projet ne figurait pas dans le programme du candidat Sarkozy, la réforme s’est élaborée et a été présentée au Parlement sans aucun débat ouvert ni négociation sérieuse avec les syndicats. 2) par la rhétorique qui l’accompagne : « on ne peut pas faire autrement, « il n’y pas le choix », autrement dit « laissez faire les experts, qui ne pensent pas à sortir du cadre néolibéral, comme ces irresponsables de syndicats ». 3) parce que c’est une réforme de classe. Attardons-nous sur ce dernier point.
Si la réforme passe en l’état, la France sera dotée du régime de retraites le plus dur d’Europe de l’Ouest. Cela alors même que notre pays est l’un des mieux placés du point de vue de la dynamique démographique ! En fait, les déficits annoncés des régimes de retraite ont deux causes majeures. L’une, à court et moyen terme, est l’impact de la crise économique sur tous les comptes sociaux. La seconde, à plus long terme, est un problème démographique, qui tient dans la dégradation du rapport actifs/retraités. Or, le gouvernement martèle que la réforme est inévitable pour des raisons de démographie, comme si on découvrait ces dernières par la grâce de Saint Fillon et Saint Woerth. Cette insistance a pour seul but de légitimer les mesures phares du projet gouvernemental, qui sont des mesures d’âge. Ici, l’injustice est double : d’une part l’essentiel des mesures portent sur les salariés, qui paient pour une crise dont ils sont les victimes ; d’autre part, au sein des salariés, la réforme pèsera le plus lourdement sur ceux qui auront eu les carrières les plus usantes, les plus mal payées, les plus précaires. En effet, le report de l’âge légal de 60 à 62 ans nuira à ceux ayant commencé à travailleur jeunes, sans avoir eu la chance de faire des études : le plus souvent des ouvriers, qui subiront donc une double peine, puisqu’ils arrivent déjà à l’âge de la retraite avec une espérance de vie moindre que celle des autres salariés (sans parler de l’espérance de vie en bonne santé). Quant au report de l’âge auquel on peut liquider sa retraite sans décote, de 65 à 67 ans, il pénalisera lourdement les femmes en particulier et les précaires en général.
Or, on peut faire autrement… mais pas n’importe comment. Je pense ici à une rhétorique qui fleurit à gauche de la gauche, et dans les syndicats les plus radicaux, et qui consiste à revendiquer la retraite à 60 ans à taux plein pour tous. Ce genre de slogans me paraît contre-productif, dans la mesure où il fait passer les opposants à la réforme pour des utopistes. Mais surtout, je pense que cette revendication est irréaliste. Ses promoteurs répondront qu’elle est possible, à condition de s’attaquer au partage des richesses produites par tous, c’est-à-dire en taxant les revenus du capital et du patrimoine. Là où ils ont raison, c’est que cette taxation est légitime : ces revenus n’ont cessé de progresser depuis 30 ans, parfois de façon spectaculaire, quand le revenu salarial moyen a eu tendance à stagner. Cependant, il faudrait griller toutes nos « cartouches » de taxations nouvelles pour la seule question des retraites. Or, il y aura aussi à financer des investissements majeurs dans l’économie durable, ou encore l’augmentation considérable des dépenses de santé, plus alarmante encore que celle des retraites. Et on ne pourra pas taxer deux fois les mêmes personnes…
Il faut donc des mesures pour chaque cause de déficit. S’agissant de la crise, il est légitime de faire financer les retraites par d’autres acteurs que les salariés « lambda ». Ce qui signifie une taxation accrue des rémunérations complémentaires (stock-options, bonus, intéressement et participation), des revenus du patrimoine et des dividendes versés aux actionnaires, lesquels ont explosé au détriment de l’investissement (surtout) et des revenus du travail (un peu). Et par pitié, que la droite ne crie pas à la hausse des impôts. Une fois n’est pas coutume, rendons grâce à l’inénarrable Ségolène Royal, qui à une apostrophe d’Arlette Chabot (« Faire payer les riches, c’est un miracle ? ») aura eu cette répartie magique : « Et faire payer les pauvres, c’est un miracle ? ». S’agissant de la démographie, une hausse très faible mais régulière des cotisations salariales et patronales est essentielle : c’est une mesure égalitaire (tous les salariés sont concernés) et juste (car proportionnelle au salaire) qui comblerait un bon quart du financement en 2025 (12 milliards sur 40). Une piste complémentaire est aussi envisageable pour consolider le financement, proposée par le think-thank « Terra Nova » : aligner le niveau de CSG des retraités aisés sur celui des actifs, ainsi que les conditions de calcul de leur impôt sur le revenu. Ce qui pourrait rapporter jusqu’à 5 milliards d’euros par an.
Terminons sur le sujet en insistant sur le fait que le vrai problème reste le chômage de masse. C’est la lutte contre ce dernier qui doit être la priorité, plus que le financement des retraites, lequel dépend justement du niveau de l’emploi ! Même si on repousse l’âge légal à 70 ans, si la situation du marché du travail ne s’améliore pas, on ne fera que transformer des retraités en demandeurs d’emploi, et des déficits « retraite » en déficits « chômage » !
… et autres calamités.
Ces calamités mériteraient un billet chacune, mais citons-les rapidement :
-le budget 2011, un budget d’austérité qui garde intacts la plupart des cadeaux faits aux clientèles de la droite et aux plus riches, mais fait reposer l’essentiel de sa sévérité sur les classes moyennes et populaires (logement, emploi, santé). Là encore, la rhétorique « y’a pas le choix » ne suffit pas à tout justifier. Un exemple : alors que 500 millions d’euros ont été économisés grâce à des suppressions de postes dans la fonction publique (ce qui dégrade les conditions de travail et le service rendu dans les hôpitaux et les écoles), 800 millions vont être accordés à l’entreprise de Serge Dassault (sénateur de l’UMP, et candidat au titre de l’homme le plus bête de France), pour payer ses avions militaires Rafale que personne ne veut à l’étranger.
-la politique éducative. Un désastre sans nom, que même des hauts fonctionnaires du ministère de l’Éducation ont constaté. Pour économiser des clopinettes, le gouvernement a envoyé au feu des enseignants titularisés mais non formés à la pédagogie, et comme souvent « bizutés » dans les académies les plus dures de France. Par ailleurs, sans tenir compte d’un mini-boom démographique à venir, des postes du public continuent à être sabrés d’une main, quand de l’autre main le gouvernement favorise l’enseignement privé et confessionnel, par des niches fiscales qui pèsent sur le budget de l’État.
vendredi 17 septembre 2010
Du discours de Grenoble à la réforme des retraites : la déliquescence du sarkozysme (1/2)
Ce pouvoir va à vau-l’eau. Si l’on m’avait dit en 2007 qu’il nous donnerait à voir une telle faillite morale, politique et sociale, je crois que je ne l’aurai pas cru. Alors que la crise a mis en difficulté Nicolas Sarkozy, celui-ci y répond par une surenchère sécuritaire qui tourne à la xénophobie d’État, et par une politique économique et sociale qui s’inscrit totalement dans le système néolibéral discrédité par la crise.
Le discours de Grenoble
Pas besoin de revenir sur le contenu de ce discours, qui a agité les médias des jours durant, et qui va se traduire sous peu en une loi, puisque le souverain l’a voulu. J’observerai simplement que Nicolas Sarkozy a sciemment choisi de desservir sa fonction, celle de représentant du peuple français, pour de médiocres calculs électoraux. Jean-François Kahn a raison : notre Prince-Président, au fond de lui, n’est pas un nostalgique de Pétain ni quelqu’un de vraiment raciste. En revanche, il est prêt à tout pour assurer sa réélection. Bien sûr, tous les hommes politiques ne sont pas des saints : ils parlent ou agissent aussi en fonction de leurs intérêts électoraux à court terme. Cependant, il y a des repères moraux, une certaine décence, un « surmoi » présidentiel dont étaient dotés les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, et dont lui-même semble dépourvu. Au risque de la dérive.
La dérive, c’est d’abord l’extension de la déchéance de nationalité. Une proposition antirépublicaine, qui invite à traiter différemment deux sortes de citoyens français, les « purs » et les « mélangés », puisque le même crime sera jugé plus grave s’il est commis par un Arabe ou un Suédois de naissance, que s’il avait été commis par un Normand depuis six générations. Le plus beau dans tout cela, c’est que cette mesure, qui sera certainement calibrée pour rester constitutionnelle, n’aura aucun effet sur la sécurité. Elle symbolise le fait qu’en cette matière, c’est Nicolas Sarkozy l’angélique, plus que la gauche ! Il faut être naïf (plutôt cynique, en fait) pour croire que l’insécurité reculera en déclarant la guerre aux voyous tous les six mois et en empilant les textes de lois toutes les 3 semaines. Alors que dans le même temps, les effectifs policiers baissent en proportion de la population. Alors que, surtout, la stratégie de répression laisse à l’abandon des quartiers entiers le plus clair du temps, avant d’aller rétablir le calme de façon guerrière quand ça risque de déborder. Mais au-delà de cette critique sur l’efficacité, qu’il faut marteler, la peur d’être taxé de « bien-pensant » ne doit pas interdire de condamner cette proposition sur le plan des principes. Car là, on touche au cœur du pacte républicain, qui assure l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Déjà que les immigrés naturalisés avaient été sommés de coller à une pseudo-identité française que personne n’a encore réussi à définir, les voilà donc prévenus qu’en raison de leur origine, leurs actes ne seraient pas jugés de la même manière. Quoi de mieux pour favoriser le communautarisme ? Enfin, il ne faut pas oublier non plus que la parole du Président, qui est censée nous rassembler, contribue ici à la division nationale, et à légitimer les pires réflexes xénophobes. Le doute n’est plus permis : décidément, Nicolas Sarkozy n’est pas un homme d’État, et n’est pas à la hauteur de la fonction qui lui a été confiée par les urnes.
La dérive, c’est aussi le traitement infligé aux Roms. Le gouvernement explique qu’il ne fait qu’appliquer la loi. La réalité est plus sordide. Depuis qu’il est ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui nous a pourtant entretenus de bien des choses, sur tous les tons et sur tous les écrans, ne s’est guère préoccupé des camps de Roms, qui se sont multipliés sans que personne ne s’en émeuve. Soudain, du jour au lendemain, parce qu’un retour aux « fondamentaux sécuritaires » est censé ramener les classes populaires dans le giron de la droite, et alors que les « squatteurs » en France se comptent en dizaines de milliers, le pouvoir décide de s’attaquer en priorité et en particulier à ces pauvres gens, promettant de les ramener manu militari en Roumanie ou en Bulgarie. Ça ne mange pas de pain, car contrairement à d’autres communautés, aucun État ne s’émouvra du sort fait aux Roms, tandis qu’eux-mêmes n’ont aucune ressource pour se défendre ou mobiliser l’opinion. Où l’on voit que le cynisme électoral s’allie très bien avec la lâcheté… La cerise sur le gâteau, c’est que ce gouvernement censé insérer la France dans la « mondialisation heureuse », est en train de dégrader l’image de la France à vitesse grand « V ». Il est toujours facile de se moquer d’une commissaire européenne, mais quand le Parlement européen, le pape, l’ONU et les États-Unis s’y mettent, on a le droit de se remettre un peu en question. Le pire là-dedans n’étant pas l’identité des accusateurs, mais celle des soutiens : Berlusconi et son alliée, la xénophobe Ligue du Nord italienne !
Le discours de Grenoble
Pas besoin de revenir sur le contenu de ce discours, qui a agité les médias des jours durant, et qui va se traduire sous peu en une loi, puisque le souverain l’a voulu. J’observerai simplement que Nicolas Sarkozy a sciemment choisi de desservir sa fonction, celle de représentant du peuple français, pour de médiocres calculs électoraux. Jean-François Kahn a raison : notre Prince-Président, au fond de lui, n’est pas un nostalgique de Pétain ni quelqu’un de vraiment raciste. En revanche, il est prêt à tout pour assurer sa réélection. Bien sûr, tous les hommes politiques ne sont pas des saints : ils parlent ou agissent aussi en fonction de leurs intérêts électoraux à court terme. Cependant, il y a des repères moraux, une certaine décence, un « surmoi » présidentiel dont étaient dotés les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, et dont lui-même semble dépourvu. Au risque de la dérive.
La dérive, c’est d’abord l’extension de la déchéance de nationalité. Une proposition antirépublicaine, qui invite à traiter différemment deux sortes de citoyens français, les « purs » et les « mélangés », puisque le même crime sera jugé plus grave s’il est commis par un Arabe ou un Suédois de naissance, que s’il avait été commis par un Normand depuis six générations. Le plus beau dans tout cela, c’est que cette mesure, qui sera certainement calibrée pour rester constitutionnelle, n’aura aucun effet sur la sécurité. Elle symbolise le fait qu’en cette matière, c’est Nicolas Sarkozy l’angélique, plus que la gauche ! Il faut être naïf (plutôt cynique, en fait) pour croire que l’insécurité reculera en déclarant la guerre aux voyous tous les six mois et en empilant les textes de lois toutes les 3 semaines. Alors que dans le même temps, les effectifs policiers baissent en proportion de la population. Alors que, surtout, la stratégie de répression laisse à l’abandon des quartiers entiers le plus clair du temps, avant d’aller rétablir le calme de façon guerrière quand ça risque de déborder. Mais au-delà de cette critique sur l’efficacité, qu’il faut marteler, la peur d’être taxé de « bien-pensant » ne doit pas interdire de condamner cette proposition sur le plan des principes. Car là, on touche au cœur du pacte républicain, qui assure l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Déjà que les immigrés naturalisés avaient été sommés de coller à une pseudo-identité française que personne n’a encore réussi à définir, les voilà donc prévenus qu’en raison de leur origine, leurs actes ne seraient pas jugés de la même manière. Quoi de mieux pour favoriser le communautarisme ? Enfin, il ne faut pas oublier non plus que la parole du Président, qui est censée nous rassembler, contribue ici à la division nationale, et à légitimer les pires réflexes xénophobes. Le doute n’est plus permis : décidément, Nicolas Sarkozy n’est pas un homme d’État, et n’est pas à la hauteur de la fonction qui lui a été confiée par les urnes.
La dérive, c’est aussi le traitement infligé aux Roms. Le gouvernement explique qu’il ne fait qu’appliquer la loi. La réalité est plus sordide. Depuis qu’il est ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui nous a pourtant entretenus de bien des choses, sur tous les tons et sur tous les écrans, ne s’est guère préoccupé des camps de Roms, qui se sont multipliés sans que personne ne s’en émeuve. Soudain, du jour au lendemain, parce qu’un retour aux « fondamentaux sécuritaires » est censé ramener les classes populaires dans le giron de la droite, et alors que les « squatteurs » en France se comptent en dizaines de milliers, le pouvoir décide de s’attaquer en priorité et en particulier à ces pauvres gens, promettant de les ramener manu militari en Roumanie ou en Bulgarie. Ça ne mange pas de pain, car contrairement à d’autres communautés, aucun État ne s’émouvra du sort fait aux Roms, tandis qu’eux-mêmes n’ont aucune ressource pour se défendre ou mobiliser l’opinion. Où l’on voit que le cynisme électoral s’allie très bien avec la lâcheté… La cerise sur le gâteau, c’est que ce gouvernement censé insérer la France dans la « mondialisation heureuse », est en train de dégrader l’image de la France à vitesse grand « V ». Il est toujours facile de se moquer d’une commissaire européenne, mais quand le Parlement européen, le pape, l’ONU et les États-Unis s’y mettent, on a le droit de se remettre un peu en question. Le pire là-dedans n’étant pas l’identité des accusateurs, mais celle des soutiens : Berlusconi et son alliée, la xénophobe Ligue du Nord italienne !
jeudi 9 septembre 2010
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